Xandria - Eclipse
Avant de parler de l'album, une précision s'impose : je ne suis pas un fan hardcore du groupe. Les quatre premiers albums, avec Lisa Middelhauve, m'avaient laissé assez indifférent. J'y entendais surtout une sorte de Within Temptation bis, avec une chanteuse dont le manque de souffle me gênait particulièrement. C'est véritablement avec "Neverworld's End", en 2012, que Xandria a attiré mon attention, le groupe opérant alors un virage beaucoup plus lyrique et grandiloquent. Les deux albums suivants avec Dianne van Giersbergen m'ont également beaucoup plu.
L'arrivée d'Ambre Vourvahis en 2023 avait donc constitué un changement assez important pour mes oreilles. Sa voix, moins lyrique que celle de ses prédécesseures, correspondait moins à mes goûts. Mais trois ans ont passé. "Eclipse" était donc l'occasion de vérifier si mon regard avait évolué. Et excellent timing de sortir l'album en même temps que l'éclipse qui vient d'avoir lieu !
Il faut reconnaître que Xandria a fait un choix intéressant : plutôt que de chercher à reproduire le passé, le groupe assume une chanteuse capable de passer du chant doux au lyrique, du rock aux growls. Une nouvelle palette vocale qui permet au groupe d'explorer davantage de territoires.
Dès "Syzygy", le ton est donné. Cette courte introduction orchestrale possède des accents de bande originale de blockbuster façon Hans Zimmer. Elle s'enchaîne directement avec "Eclipse", morceau-titre qui déroule un power metal symphonique particulièrement efficace, porté par des chœurs répondant à Ambre, quelques touches électroniques et des growls qui apportent une agressivité nouvelle au son du groupe.
Avec "Colours" Xandria convoque le gothic metal et rappelle aussi bien Within Temptation que le Delain de ses débuts. "The Shannon's Home" prend ensuite une direction celtique, avec une flûte qui évoque immanquablement Nightwish période "Élan", avant que "Northstar" ne pousse encore davantage cette dimension folk et aventureuse. Sur "The Grand Delusion", c'est plutôt le metal symphonique à tendance pirate de Visions of Atlantis qui vient à l'esprit, avec même quelques accents dignes de Pirates des Caraïbes.
Puis "Masquerade" change brutalement de décor : speed metal, blast beats, gros riffs et growls nous ramènent au Nightwish des débuts avant un break qui semble sortir tout droit de Rhapsody. "The Poetry of the Real World", plus légère et immédiatement accessible, lorgne davantage vers le hard rock symphonique à la Avantasia ou le Delain de "We Are the Others".
On pourrait continuer longtemps à dresser cette liste. Et c'est justement là que se trouve le principal défaut d'"Eclipse" : on reconnaît énormément de choses. Xandria ne cherche manifestement pas à réinventer le metal symphonique. Le groupe semble plutôt avoir décidé de revisiter à sa manière les courants qui ont marqué le genre ces vingt dernières années. Un peu comme un Tarantino du metal symphonique : les références ne sont pas dissimulées, elles sont presque fièrement affichées, puis mélangées et réarrangées.
Le problème, c'est qu'à force de pouvoir dire « ça me rappelle Nightwish », « ça me rappelle Within Temptation », « ça me rappelle Visions of Atlantis » ou « ça me rappelle Rhapsody », on peut parfois se demander où commence véritablement Xandria. Mais voilà le paradoxe : ce patchwork fonctionne remarquablement bien.
La production est excellente et joue un rôle essentiel dans cette cohésion. Les chœurs, les orchestrations et le travail des arrangements servent de fil conducteur entre des morceaux qui auraient pu donner l'impression d'appartenir à des albums différents. "Wave of Tanis", notamment, semble réconcilier le Xandria des périodes Manuela Kraller et Dianne avec cette nouvelle incarnation du groupe, sans paraître anachronique.
Même les morceaux les plus éloignés les uns des autres donnent finalement l'impression de faire partie du même univers. Xandria ne révolutionne peut-être rien, mais sait parfaitement faire tenir ensemble toutes ses influences. Et au milieu de tout cela, il y a Ambre.
C'est probablement l'aspect sur lequel mon regard a le plus évolué. Sur "The Wonders Still Awaiting", j'avais eu du mal à retrouver dans sa voix le lyrisme qui m'avait séduit chez Xandria auparavant. Sur "Eclipse", je découvre davantage ce qu'elle peut apporter au groupe. Son chant doux sur "The Shannon's Home" est probablement la facette qui me plaît le plus, tandis que "The Last Generation" révèle une interprétation particulièrement sensible, capable de gagner progressivement en puissance sans perdre son émotion.
Et puis il y a les growls. Présents à plusieurs reprises, parfois de façon assez spectaculaire, ils ne ressemblent plus à une simple curiosité destinée à moderniser le groupe : ils sont devenus un véritable outil de composition. Ils permettent à Xandria de durcir certains passages sans renoncer à son identité symphonique.
Le morceau final, "Lore", résume finalement assez bien tout l'album. Avec ses 8 minutes 38, ses gros riffs, ses orchestrations, ses passages celtiques, ses growls et ses différents registres vocaux, il semble réunir toutes les facettes explorées précédemment. Puis le morceau s'efface progressivement dans une outro douce et éthérée, presque comme le générique de fin du blockbuster que "Syzygy" nous avait promis au début.
Et c'est peut-être là la meilleure manière de résumer "Eclipse" : un grand spectacle parfaitement maîtrisé, qui préfère célébrer le metal symphonique qu'en repousser les frontières. Ce n'est pas l'album le plus novateur que j'aie entendu cette année. Certaines références sont même parfois tellement évidentes qu'elles empêchent Xandria de complètement s'approprier les territoires visités. Mais tout est efficace. Les compositions sont variées, la production impeccable, les chœurs donnent une véritable unité à l'ensemble et Ambre démontre une polyvalence que je n'avais peut-être pas suffisamment appréciée sur le précédent album.
Xandria ne cherche pas à nous faire oublier ce qui a été fait avant. Au contraire : le groupe semble avoir passé vingt ans de metal symphonique au filtre Xandria. Et franchement, le résultat est sacrément efficace.

