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Misanthrope - Embrasement

Écrit par SataNico le .

Misanthrope fait partie de ces groupes que j’ai découvert il y a une vingtaine d’années, à une époque où je dévorais absolument tout ce qui me tombait sous la main en metal afin de me construire une culture musicale. Et parmi tous les groupes extrêmes français que j’ai croisé sur ma route, Misanthrope reste probablement un de ceux qui m’a le plus marqué… sans jamais totalement me conquérir.

Car musicalement, j’ai toujours trouvé le groupe fascinant. Les compositions, les textes, les ambiances, ce mélange unique entre death, black, heavy, progressif et littérature française… tout cela possède une personnalité immédiatement reconnaissable. Mais il y avait ce fameux chant. Ce chant tellement théâtral qu’il en devenait parfois involontairement drôle pour le jeune metalleux que j’étais. Au point qu’avec des amis, on s’amusait à imiter S.A.S de l’Argilière en racontant des banalités du quotidien. Du coup, chaque nouvel album de Misanthrope me demande toujours un petit effort initial pour dépasser ce vieux réflexe.
 
Et pourtant… dès les premières écoutes d’"Embrasement", quelque chose a changé. Je ne sais pas si le chant s’est réellement adouci avec le temps, ou si c’est simplement moi qui ai fini par m’habituer à cet univers très particulier, mais il ne me choque quasiment plus aujourd’hui. J’en viens même à me demander si ce n’était pas surtout le chant extrême en français qui me bloquait à l’époque. Les passages en chant clair continuent parfois de me laisser un peu plus dubitatif, mais globalement, je trouve ici l’équilibre bien plus naturel qu’autrefois. Et surtout, les compositions fonctionnent vraiment bien.
 
Ce qui frappe immédiatement sur "Embrasement", c’est son aspect plus direct et plus accessible. Misanthrope semble avoir volontairement condensé différentes facettes de sa carrière dans des morceaux plus courts et plus immédiats. Aucun titre ne dépasse les cinq minutes, mais l’album ne donne jamais l’impression d’avoir été simplifié au rabais pour autant. On retrouve toujours ces riffs massifs, ces orchestrations sombres, ces atmosphères littéraires et ésotériques si typiques du groupe, mais avec une approche beaucoup plus lisible qu’auparavant.

"Helloïse" est probablement un des morceaux qui m’a le plus marqué avec son côté très speed et mélodique qui m’a parfois évoqué Arch Enemy. "Rapaces", plus thrash, impressionne par son efficacité immédiate et son excellent solo de basse, instrument bien trop souvent sacrifié dans les productions modernes. "Trismégiste" apporte quant à lui une noirceur particulièrement réussie avec son riff en trémolo et son phrasé parlé presque slam par moments. Enfin, le morceau-titre "Embrasement" résume assez bien l’album : du black symphonique agressif, des ralentissements massifs et une ambiance grandiloquente qui rappelle pourquoi Misanthrope reste une institution du metal extrême français.
 
L’album alterne constamment entre morceaux rapides et passages plus mid-tempo, tout en gardant une vraie cohérence d’ensemble. Certains titres restent volontairement très homogènes, là où d’autres se permettent davantage de ruptures de rythmes ou d’ambiances. Cette variété permet justement au disque de rester dynamique malgré sa densité.
 
La production, très propre et massive, met particulièrement en avant les guitares et la batterie, avec un son clair et lisible malgré la richesse des arrangements. En revanche, en grand amateur de metal symphonique, je dois reconnaître que j’aurais aimé des orchestrations et des chœurs davantage mis en avant dans le mix, un peu à la manière d’un Dimmu Borgir. Ici, les claviers et nappes orchestrales servent surtout l’ambiance en arrière-plan plutôt que de devenir un élément central du disque. Mais cela semble être un choix totalement assumé par le groupe, qui privilégie clairement l’efficacité des riffs et la lisibilité générale des compositions. Et c’est peut-être là que se situe finalement la principale force… mais aussi la principale faiblesse d’"Embrasement".
 
L’album est extrêmement efficace. Dense, agressif, varié, maîtrisé de bout en bout, il constitue probablement une excellente porte d’entrée pour découvrir Misanthrope aujourd’hui. Mais en contrepartie, j’aurais aimé un ou deux morceaux plus labyrinthiques, plus alambiqués, plus excessifs aussi. Ce côté “fresque progressive impossible à appréhender en une écoute” faisait également partie du charme des anciens Misanthrope.

"Embrasement" donne parfois l’impression que le groupe a volontairement discipliné sa folie pour la rendre plus accessible. Le résultat fonctionne très bien, mais il lui manque peut-être ce petit grain d’incontrôlable qui transformait autrefois certains morceaux en véritables monstres progressifs. Reste malgré tout un très bon cru, intelligent, cohérent et particulièrement agréable à écouter, qui montre qu’après toutes ces années, Misanthrope conserve une identité unique dans le paysage metal français. 
 
 
note4

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