Hell Is Nothing - This Thing We Call Silence
Le djent et le metal progressif moderne sont des styles que je connais assez mal. C'est donc avec une oreille inexpérimentée que j'ai écouté ce premier opus des parisiens de Hell Is Nothing : "This Thing We Call Silence".
Le groupe s'est construit autour du guitariste Thomas Michel avant de stabiliser son line-up avec le chanteur roumain Jack, dont la prestation constitue d'ailleurs l'une des grandes forces du disque. Car même sans maîtriser tous les codes du style, une chose saute immédiatement aux oreilles : ce chanteur est excellent. Il passe avec aisance du chant clair aux cris plus agressifs, en conservant toujours une vraie expressivité. Là où certains groupes du genre peuvent parfois sembler froids ou démonstratifs, Hell Is Nothing parvient régulièrement à injecter de l'émotion dans ses compositions.
Musicalement, on navigue donc entre djent, metalcore moderne et metal progressif. Les influences de Meshuggah sont évidentes dans certaines rythmiques saccadées et ces riffs qui semblent constamment jouer avec les temps faibles. Mais le groupe ne se résume pas à un exercice de style technique. J'y ai surtout entendu beaucoup d'atmosphères, de contrastes et une vraie recherche sonore. Les passages aériens répondent aux explosions de violence, les moments de tension alternent avec des respirations plus mélancoliques, et l'ensemble conserve une cohérence remarquable.
L'autre élément qui m'a particulièrement plu est la production. Fred Duquesne, connu notamment pour son travail avec Mass Hysteria, signe un mixage très moderne mais suffisamment aéré pour laisser vivre chaque instrument. Mention spéciale à la basse, souvent mise en avant, ce qui reste malheureusement assez rare dans les productions metal contemporaines. Sans être audiophile, c'est le genre de détail qui attire immédiatement mon attention.
Les thèmes abordés sont également plus profonds que ce que l'on pourrait imaginer au premier abord. L'album tourne autour de la communication, de l'isolement, des difficultés à exprimer ce que l'on ressent et de la santé mentale. Cette dimension introspective apporte une véritable épaisseur à l'ensemble et évite l'écueil du simple exercice technique.
Pour autant, je ne vais pas prétendre être tombé amoureux du disque. Une partie de son langage musical m'échappe encore. Certains passages me donnent davantage envie d'admirer le travail réalisé que de les réécouter en boucle. J'ai parfois le sentiment d'observer un mécanisme complexe parfaitement huilé sans toujours en saisir toutes les subtilités. Mais ce n'est pas forcément un défaut : c'est aussi la marque des albums qui demandent du temps et plusieurs écoutes.
Au final, "This Thing We Call Silence" est un album que je respecte probablement, sans être le public cible. J'y ai trouvé de très belles ambiances, un chant remarquable, une excellente production et plusieurs morceaux que je conserverai volontiers dans mes playlists comme "Leveling Downpour", "Pale Disease" ou "Lost In The World". Mais je suis conscient que beaucoup de musiciens ou d'amateurs de metal progressif y trouveront sans doute encore davantage que moi.
Je le recommanderais donc en priorité aux amateurs de Meshuggah, TesseracT ou Uneven Structure, plutôt qu'aux fans de metalcore plus classique à la Killswitch Engage ou Bullet for My Valentine. Ceux qui aiment les rythmiques complexes, les textures sonores et les albums qui se dévoilent progressivement y trouveront probablement une véritable pépite.

