Dimmu Borgir - Grand Serpent Rising
Huit ans. Huit longues années après "Eonian", Dimmu Borgir est enfin de retour avec "Grand Serpent Rising". Et pourtant, malgré toute l’attente, malgré une production énorme et des compositions impeccablement exécutées… quelque chose, chez moi, ne fonctionne plus vraiment.
Tous les ingrédients sont pourtant là. Les riffs massifs, les orchestrations grandiloquentes, les synthés diaboliques, le chant d’outre-tombe de Shagrath, cette sensation permanente d’apocalypse symphonique qui a fait la légende du groupe. Sur le papier, c’est du pur Dimmu Borgir, mais justement… peut-être un peu trop.
Depuis le départ de ICS Vortex et de Mustis, j’ai toujours eu l’impression qu’une partie de l’âme du groupe s’était fissurée. Et ce nouvel album renforce encore ce sentiment. Comme si le groupe essayait de recréer “le grand Dimmu Borgir des années 2000”, sans les forces créatives qui avaient donné naissance à ces albums devenus cultes. Le plus étrange, c’est que techniquement, difficile de reprocher grand-chose au disque. Le retour du producteur Fredrik Nordström, déjà derrière "Puritanical Euphoric Misanthropia", "Death Cult Armageddon" et "In Sorte Diaboli", apporte justement ce son plus agressif et plus organique que beaucoup réclamaient depuis des années.
L’album a été enregistré au Studio Fredman en Suède, et cela s’entend immédiatement : la production reste massive et cinématographique, mais avec davantage d’espace pour les guitares et la batterie. La presse semble d’ailleurs globalement séduite par ce retour plus agressif et plus “old school”, certains allant même jusqu’à parler du meilleur album du groupe depuis vingt ans. Et honnêtement, je comprends pourquoi. Des morceaux comme "Ascent" ou "Phantom of the Nemesis" retrouvent cette rage orchestrale qui évoque directement l’époque "Puritanical Euphoric Misanthropia". "The Exonerated" ou "The Qryptfarer" appellent même parfois les ambiances plus anciennes du groupe. Beaucoup voient justement dans "Grand Serpent Rising" une fusion entre plusieurs époques de Dimmu Borgir.
Mais malgré cela… j’ai constamment cette impression étrange d’écouter une reconstitution. Comme si une intelligence artificielle avait analysé tous les éléments qui faisaient fonctionner Dimmu Borgir pour les recombiner parfaitement. Tout est impeccable. Tout est à sa place. Et pourtant, il manque cette sincérité chaotique qui donnait autrefois l’impression que le groupe créait quelque chose d’unique. L’absence de Vortex se ressent particulièrement. Ses chants clairs héroïques apportaient une dimension épique et émotionnelle qui manque cruellement ici. Même si les orchestrations de "Geir Bratland" sont impressionnantes, et que le jeu monstrueux du batteur Daray fait encore des ravages, l’ensemble paraît parfois presque trop contrôlé, trop calculé.
Il faut aussi noter un changement important : "Grand Serpent Rising" est le premier album sans Galder depuis 1999. Et même si le groupe tient encore parfaitement debout, cette nouvelle absence contribue peut-être à cette sensation d’un Dimmu Borgir devenu davantage une institution qu’un véritable groupe vivant. Carr en fond c’est du pur Dimmu Borgir, sans aucun doute. Mais lors d’une écoute attentive au casque, difficile pour moi d’ignorer cette impression persistante de recyclage luxueux. Une sorte de monument gigantesque, magnifique à regarder… mais dont les murs me semblent aujourd’hui un peu froids.

